Edito
La première industrie du monde
En 2007, un rapport sur l'évolution du tourisme prévoyait 1.6 milliard de touristes à l'horizon 2020; représentant aujourd'hui 12% du PIB mondial et 8% des emplois, le premier secteur industriel du monde cristallise des inégalités autour d'un marché exponentiel, et décline une offre gigantesque où les représentations folkloriques gardent bien souvent la face, se montrant à la hauteur de stéréotypes tenaces, rarement contrariés.
C'est peut être le moment de s'interroger en tant que voyageur sur nos motivations au départ. Malheureusement on voit encore trop souvent une quête opiniâtre de photos trophées, ou de course à la rentabilité donner sa démesure au séjour. Comme si le voyage -en marge de nos réalités- était devenu un espace-temps obéissant aux lois de la boulimie, affranchi des règles de bienséance, et dont la réussite était garantie par de seuls résultats.
C'est ainsi que l'on observe parfois, un comportement voyageur qui tend uniquement et scrupuleusement à réaliser un objectif après l'autre, en faisant fi des réalités d'un site et de ses habitants: randonner en forêt tropicale POUR voir des lémuriens, faire l'ascension de Stromboli POUR voir des explosions de lave, plonger en mer ionienne POUR voir des tortues Caretta-Caretta, et pourquoi pas dans la nouvelle tendance actuelle: aller en brousse POUR construire une école ou POUR distribuer des vêtements...
Or, le voyage qui ne promet de manière certaine, ni le soleil, ni le spectacle des volcans, ni le ballet des singes et des tortues, convoque une certaine humilité, notamment dans notre capacité à nous inscrire dans le processus du voyage plutôt que dans l'activité; dans la découverte respectueuse plutôt que dans la consommation.
Il convoque fortement la relation que l'on peut entretenir à soi et ses envies, aux espaces naturels et aux hommes qui les peuplent, et nous interroge sur la démarche de solidarité.
Dans chacun de ces sites traversés, existent déjà des dynamiques, des initiatives, un tissu social, des problématiques et des enjeux... A défaut de tous les comprendre, il convient d'en prendre la mesure et de les respecter.

Le voyage solidaire
De la même manière que nous supporterions assez mal que des inconnus viennent refaire la tapisserie de notre maison sans y avoir été invités, nous ne nous octroyons pas le droit de décider des projets de développement à la place des résidents dans les pays où nous voyageons. N'est-il pas présomptueux de prétendre pouvoir définir les nécessités d'une population?
Si nous accompagnons et soutenons ces initiatives, en mettant des moyens humains et financiers à leur service, à aucun moment nous n'en désaisissons les acteurs concernés. Il s'agit également pour nous de préparer les voyageurs au départ, afin d'éviter les écueils du don direct d'objets ou d'argent sur place, flattant avant tout ceux qui l'émettent, mais qui s'avère contre productif et renvoie à une dépendance dégradante. En outre -ses conséquences n'étant pas maîtrisées- celui ci engendre des enjeux et des conflits, et un rapport au voyageur problématique.
Pour chaque séjour vendu, une part solidaire est reversée à une structure partenaire, maison de quartier en Sicile, association de reboisement en Grèce, associations villageoises au Maroc, et de guides à Madagascar, ce fond de développement est alloué aux projets qu'ils défendent et qu'ils entreprennent. Nous proposons à nos voyageurs une rencontre avec nos partenaires dans chacune des destinations proposées, et c'est avant tout une formidable occasion d'échange et de rencontre conviviale.